Appel à contribution n°9

L’urbain en ses objets : une nouvelle matérialité de la ville ?

Dossier coordonné par Laurent Devisme (Ensa Nantes) et Frédérique Hernandez (Aix-Marseille Université)

Après l’appel à contributions consacré à l’évolution des acteurs professionnels du champ de l’urbanisme, ce sont les objets, les non-humains qui nous intéressent ici. Comment l’arrivée de nouveaux objets modifient-ils les perspectives en matière d’énonciation, de conception et de gestion de la ville ? Participent-ils d’une façon renouvelée de concevoir la fabrique urbaine ? De nouveaux objets pointent-ils vers de nouveaux usages ? Infléchissent-ils les pratiques ? Comment mobilisent-ils des sources de financement, favorisant leur mise en œuvre (à l’instar des subventions accompagnant la mise en œuvre des tramways dans la période 1990/2000 en France) ?

La production urbaine est aujourd’hui aimantée par l’enjeu de montrer à l’échelle 1 ce que pourrait être la ville de demain : innover et produire du neuf certes mais pouvoir en attester, tester en grandeur nature. A l’image du pavillon-témoin, le quartier-témoin, l’équipement-témoin s’appellent aujourd’hui plutôt prototypes ou démonstrateurs. S’originant dans les mondes techniques et industriels, cet appel à l’innovation traverse désormais les politiques publiques et les projets spatiaux.

Dans ce registre, l’espace urbain se voit augmenté, colonisé par de nouvelles techniques pour certains, offrant davantage de prises pour d’autres. Il s’agit ici d’en documenter les multiples expressions : nous pouvons observer tantôt une conciergerie (d’un nouveau genre ?), un lampadaire intelligent nous mettant sur la voie d’une smart city, un dispositif de participation passant par le faire ensemble, un objet circulant dans l’espace public. Entrons-nous ainsi dans un nouvel âge du faire ?

Les objets visés par cet appel peuvent relever de différentes échelles, depuis le design de mobilier urbain jusqu’à l’écoquartier : certes ils font agir – et il faut documenter comment – mais ils ne peuvent être vertueux en soi et leurs effets dépendent bien de leurs conditions de mise en œuvre, de leur localisation, de leur réception, de leurs usages. On rejoint ici la recommandation toute pragmatiste d’analyser le rôle des objets dans leur engagement dans l’action. Ajoutons cette préconisation d’inscrire les « nouveaux objets » par rapport à d’autres qu’ils remplacent, accompagnent ou auxquels ils s’additionnent.

Dans une première direction, il s’agit d’interroger les fondements politiques et communicationnels de ces « nouveaux » objets. Quelles valeurs et symboliques permettent-ils d’incarner  (lester une campagne de promotion, renforcer l’identité métropolitaine de tel ou tel espace – songeons à un téléphérique, plus encore qu’un busway – signer un tournant environnemental, avec l’introduction de noues dans un écoquartier) ?

Dans une deuxième direction, il faut être attentif à la réception de ces « nouveaux » objets. Il s’agit d’être au plus près de ce que l’objet active du côté de ses usages. Il peut être question d’ergonomie (transformation des assises), d’agilité de l’orientation dans la ville, de 2.0 dans différents moments de la vie quotidienne : les modifications des prises, que ce soit par des écrans tactiles dans des abribus, des écrans interactifs… doivent alors être étudiées.

Outre ces deux orientations possibles, des réflexions historicisant le problème seront bienvenues : par exemple en revenant sur des objets ayant en quelque sorte « raté » leur sortie dans le monde (ARAMIS, véhicule collectif-individuel automatique, étudié à la fin des années 1980 par B. Latour ou encore une monnaie locale ayant fait long feu…), n’ayant donc pas rencontré « leur » public ou encore en questionnant des prospectives qui peuplent le monde urbain d’autant d’objets restés à l’état de fiction mais ayant au-moins traversé notre imaginaire. Une autre manière d’historiciser la question consiste à ne pas seulement considérer des objets nouveaux mais à analyser le devenir d’objets anciens certes mais qui se transforment et parfois de manière significative : des places publiques, des équipements vacants, des zones en déprise ou en crise, des objets dont les sociétés urbaines héritent et dont il faut actualiser le fonctionnement.

Le cadrage de la revue privilégiera bien sûr des objets des mondes de l’aménagement-urbanisme, du paysage et de l’architecture.

Si l’entrée par les objets peut être une clé de lecture de l’histoire même de l’architecture ou de l’urbanisme (cf. Rem Koolhaas relisant New York via la technologie de l’ascenseur puis de l’escalator), elle peut aussi être parfois synonyme d’un manque de problématisation. Il s’agira d’éviter cet écueil. Ce dossier pourra alors s’inscrire dans cette perspective de réhabiliter la portée d’une pensée qui part des objets, qu’ils soient à teneur véhiculaire (transports) ou plus largement serviciels (facilitation de la gestion de la ville…).

Temporalité du numéro

  • Articles attendus pour le 26 août 2019
  • Expertises en septembre et octobre 2019
  • Retour aux auteurs pour mi-octobre 2019
  • AR avec les auteurs jusque mi-décembre 2019
  • Publication en janvier 2020

Coordinateurs du numéro :

laurent.devisme@nantes.archi.fr

frederique.hernandez@univ-amu.fr