Question d’actualité / Topical Issue

« Migrants, réfugiés, camps d’urgence : les urbanistes n’ont-ils rien à dire ? »

Il y a quelques semaines la radio annonçait le démantèlement de la zone Sud de la Jungle à Calais. Journalistes et politiques discutaient du sens de cette mesure, de la suite qui serait donnée et poursuivaient avec d’autres, les débats qui depuis des mois, commentent les conditions de migrations et d’accueil des réfugiés en Europe. Parmi les discutants, de nombreux spécialistes et intellectuels : politologues, philosophes, sociologues, géographes… mais aucun urbaniste, aucun architecte ou experts de la ville. Ni ce matin, ni les autres matins de ces derniers mois. Les urbanistes n’ont-ils rien à dire sur le sujet ? sont-ils illégitimes ? Hors sujet ?

Et pourtant. La récente annonce de l’ouverture d’un camp humanitaire par la maire de Paris nous rappelle une nouvelle fois l’évidence : la ville est un refuge. Ces situations d’urgence produisent même une certaine forme de ville : de la ville dans la ville, de la ville spontanée, de la ville précaire, mobile, réversible, éphémère. La précarité des situations donne même parfois lieu à la fabrication de formes urbaines singulières et ingénieuses : on improvise de l’habitat bien sûr mais aussi des équipements (des écoles, des restaurants), une organisation, dans ces camps de fortune.

Le blog de la RIURBA interpelle urbanistes et chercheurs du champ urbain : qu’ont-ils à dire sur les conditions d’accueil des réfugiés qui traversent l’Europe ?  N’y a-t-il pas des formes d’accueil à (ré)inventer par les urbanistes pour faire face à ces situations d’urgence ? Et plus largement, ces épisodes sont-elles sans enseignement sur les processus de production et d’organisation de la ville ?

Hélène Dang Vu

« Migrants, refugees, emergency camps : planners have nothing to say? »

Few weeks ago the radio was announcing the dismantling of the South Zone of the Jungle in Calais (while, at the same time, the borders were closing between Greece and the so-called ‘Western Balkans route’, which is used by refugees from Middle East and Africa to arrive to Western and Northern Europe). It was mainly journalists and politicians discussing the meaning of these measures, and the nextsteps to be taken. Such debates have been dealing for months the conditions of migration and reception of refugees in Europe. The discussants – mainly experts and scholars –are geographers, political scientists, philosophers, sociologists. By contrast, no planners or urban practitioners. Not this morning, neither any other morning in the recent months. Do planners have nothing to say on the subject? Are they illegitimate? Are they out of context?

And yet, the recent announcement of a humanitarian camp opening by the mayor of Paris highlights an obvious reality: the city is a refuge. Moreover, these emergency situations produce a certain kind of town: the city within the city, the spontaneous city, the precarious city, the mobile, reversible, transit or ephemeral city. The precarious yet urgent situation may lead to unique and ingenious urban forms: we can of course improvise housing, but we can also improvise amenities (such as schools, restaurants)and the organization of everyday life in these makeshift camps.

RIURBA Blog challenges urban planners, practitioners and researchers: what can they say about the reception conditions of refugees crossing Europe? Are there any forms of reception to (re)invent by urban planners in order to deal with the current emergencies? And more broadly, are there no lessons learned from these episodesabout the production processes and the organization of the city?